Près de dix ans après sa première signalement en Occitanie, Hyalomma marginatum, la « tique rayée », également appelée « tique géante », s’est installée dans la région. Des scientifiques du Cirad et de l’Inrae ​​​​le surveillent depuis plusieurs semaines dans les élevages pour mesurer le phénomène. Avec de nouvelles données : depuis le signalement de parasites porteurs du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo dans les Pyrénées-Orientales l’année dernière, la maladie, endémique en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, pourrait également apparaître en France.

Il est grand (8 mm), est armé d’un éperon, « scène » pour les scientifiques qui l’étudient, se porte sur des pattes bicolores ornées d’anneaux blanchâtres au niveau des articulations, vit dans les fourrés du littoral méditerranéen. Des chercheurs montpelliérains suivent ses traces. En octobre dernier, le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) a été détecté pour la première fois en France dans des spécimens de Hyalomma marginatum, la « tique rayée ». Les acariens ont été collectés sur des vaches et des chevaux dans les Pyrénées-Orientales.

Bien qu’aucun cas de transmission à l’homme n’ait été documenté, cette maladie, semblable à Ebola, est potentiellement grave.

Hyalomma marginatum, "signe de pattes rayées", en première ligne.  Derrière lui, Ixodes ricinus.
Hyalomma marginatum, la « tique de la patte rayée », en première ligne. Derrière lui, Ixodes ricinus.
MICHAEL ESDOURRUBAILH – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Des scientifiques du Cirad, de l’Inrae et de l’Université de Montpellier sont de retour sur le terrain depuis plusieurs semaines : à la recherche de Hyalomma marginatum, mais aussi d’Ixodes ricinus, une autre espèce de tique commune au nord et à l’ouest de la région et à l’origine de la maladie transmise par Lyme. . , “on ne le trouve pas dans l’Hérault, ni dans le Gard, ni dans l’Aude ou dans les Pyrénées-Orientales”précise Thierry Pollet, épidémiologiste-chercheur affilié à l’Inrae, associé au Cirad et à l’unité mixte de recherche de l’université de Montpellier dans le collectif « Vecteurs », depuis son laboratoire du campus Baillarguet, au nord de Montpellier.

Les tiques sont toujours repérées au même endroit sur l'animal : crinière, mamelles, etc.
Les tiques sont toujours repérées au même endroit sur l’animal : crinière, mamelles, etc.
DR. MAXIMILIEN BARBIER

D’autre part, les équipes surveillent Dermacentor marginatus, vecteur de maladies animales, notamment de la piroplasmose équine, qui épuise et parfois tue l’animal infecté.

« Les tiques collectées chez les éleveurs et éleveurs sont analysées », indique le scientifique. Le printemps est la saison la plus propice aux observations : “C’est là que les tiques entrent en action, les missions se poursuivent jusqu’en juillet et août.”

« On parle beaucoup des moustiques, mais les tiques sont aussi un problème de santé publique »

Les prélèvements confirmeront-ils la circulation du virus CCHF en France ? L’évolution de la population de tiques, suivie par une équipe du Cirad à Montpellier depuis 2015, est préoccupante : «Cela présente de graves risques pour la santé des humains et des animaux.», indique l’institut de recherche.

Des tiques gorgées de sang dans une exploitation inspectée le 22 avril dans l'Ouest Occitanie.
Des tiques gorgées de sang dans une exploitation inspectée le 22 avril dans l’Ouest Occitanie.
DR. MAXIMILIEN BARBIER

Outre la borréliose de Lyme, la maladie transmise par les tiques la plus connue, évoquée par huit Français sur dix, ceux 47 000 personnes en France en 2021 selon Santé publique France.

Une tique « de chasse »

Les tiques se développent en trois étapes : de la larve à l’adulte en passant par la nymphe. Une fois gorgée de sang, la tique peut multiplier son poids jusqu’à 100, quelle que soit l’espèce : Ixodes ricinus, Hyalomma marginatum, Dermacentor marginatus… et la classique tique du chien, Rhipicephalus sanguineus.

Pour trouver un hôte, le parasite dispose de plusieurs stratégies. Ixodes ricinus, explique Thierry Pollet, “se tient à l’affût, sur une branche d’herbe. En tant que chasseur, il est sensible aux variations de CO2 et aux vibrations du sol. Il reste prêt et court pour s’attacher à son hôte.”

Pour passer inaperçue, la tique, en pompant le sang, crache de la salive remplie de stupéfiants et d’anticoagulants. Cette salive contient les agents pathogènes transmis à l’hôte.

À l’échelle de l’Occitanie, et plus encore à l’avenir avec le changement climatique, c’est le risque de survenue de cas humains de FHCC en France qui est particulièrement inquiétant. La tique « pattes rayées », contrairement à Ixodes ricinus, se rencontre principalement dans les forêts où elle trouve une humidité favorable, “aime le climat méditerranéen sec et les zones de garrigue”.

La végétation méditerranéenne et le climat de plus en plus sec favorisent la propagation des acariens parasites.
La végétation méditerranéenne et le climat de plus en plus sec favorisent la propagation des acariens parasites.
DR. MAXIMILIEN BARBIER

« On parle beaucoup des moustiques, mais à l’échelle européenne, les tiques posent aussi un problème de santé publique à moyen terme », précise Thierry Pollet. En Espagne, les premiers cas de transmission à l’homme ont été documentés en 2016. Depuis, le pays a enregistré des inscriptions « deux à trois cas par an ».

En France oui « tout un réseau d’acteurs » qui se mobilise, avec en première ligne les éleveurs, mais aussi les associations environnementales, les marcheurs…

« Il ne faut pas paniquer »

Inoffensif pour les animaux (les chevaux et bovins qu’il colonise ne présentent aucun symptôme), Ixodes ricinus peut provoquer des cas d’infection plus ou moins graves : « Il ne faut pas paniquer »nuanceThierry Pollet.

Thomas Pollet est en partie responsable du collectif "Vecteurs" CIRAD/INRAE.
Thomas Pollet est co-responsable du collectif Cirad/Inrae « Vecteurs ».
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

« Dans la grande majorité des cas, il ne se passe rien. La maladie de Lyme ne touche que 10 à 15 % des Ixodes ricinus.. Et « Même si la tique est porteuse de la bactérie, le risque de la transmettre n’est que de 10 %. Si nous le supprimons dans les 24 heures, il ne se passera probablement rien.

Et si la tique géante transmettait le virus CCHF ?“Peut-être que ce n’est rien du tout.” Mais les plus vulnérables, notamment ceux dont le système immunitaire est affaibli, sont à risque.

Après une promenade « il faut toujours s’inspecter », avant cela « il est plus sage de se protéger »

Comment éviter de se faire piquer par une tique, ou limiter les risques d’infection si nécessaire ?

“Si Hyalomma marginatum vous pique, vous courez un risque immédiat d’infection, mais pour Ixodes ricinus, qui transmet la maladie de Lyme, vous pouvez l’éviter pendant 24 heures”, précise le scientifique.

Pour ne prendre aucun risque, « il faut toujours s’inspecter » après une sortie, notamment « derrière les oreilles, à la base du cou, entre les orteils, à l’arrière du genou, à l’aine, sous les aisselles ». ». Et l’examen doit être répété « pendant 48 heures ».

Lorsque vous vous promenez, même en été, « vous ne devez pas porter de shorts ni de pantoufles » : « Vous devez porter des pantalons, des chaussures montantes et des chaussettes qui n’exposent pas votre peau et qui couvrent vos bras ».

Il est préférable de porter des « vêtements légers » afin de pouvoir également voir une tique.

La présence d’une tique ne doit pas provoquer la panique, et Thierry Pollet ne voudrait pas que l’on « s’empêche d’aller en forêt » : « Si vous en voyez une, vous devriez l’enlever avec un arrache-tique si vous en avez un, ou le tour cochez le robinet avec le geste de dévisser, pour éviter de laisser le harpon dans le corps. Ce n’est qu’alors que la morsure doit être désinfectée. Ensuite, « observez-vous pendant deux à trois semaines ». La maladie de Lyme suspectée se manifeste par un érythème migrant, une tache rouge. Une infection par le CCHF provoquera des « symptômes pseudo-grippaux ». Vous devriez alors consulter un médecin.

Pour finir : que faire de la bête ? « Au lieu de l’écraser et de le jeter, signalez-le sur l’application CITique“, un programme de recherche participative auquel il peut s’adresser. Cette concertation entre professionnels et citoyens est également à l’origine d’un jeu de société, “GoTicks”, édité par la société montpelliéraine Bioviva.

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