La combinaison de sucre et de graisse, souvent présente dans les aliments industriels ultra-transformés, augmente de manière synergique la libération de dopamine dans le cerveau et crée un circuit de récompense qui encourage la surconsommation de calories, montre une étude récente.

Tout au long de la journée, notre cerveau écoute constamment les signaux de nos hormones, de notre tube digestif et de notre environnement externe pour intégrer ces informations et déterminer quand il est temps de manger et la quantité de nourriture nécessaire pour répondre à nos besoins métaboliques.

Dans des circonstances normales, ce contrôle cérébral équilibre nos sensations de faim et de satiété, de sorte que l’apport calorique corresponde précisément aux besoins énergétiques du corps et que notre poids reste constant.

Dysfonctionnement cérébral

Le surpoids, et en particulier l’obésité, est fondamentalement le résultat d’un équilibre calorique excessif, c’est-à-dire que l’apport énergétique dépasse les besoins de l’organisme et conduit à une accumulation d’énergie excédentaire sous forme de graisse.

Les mécanismes responsables de ce déséquilibre sont extrêmement complexes, mais les recherches de ces dernières années suggèrent que les perturbations des circuits cérébraux impliqués dans le contrôle de la faim et de la satiété jouent un rôle majeur dans le développement de « l’obésité ».

Cette importance du cerveau est également appuyée par une étude menée à l’Université Laval qui a démontré qu’une soixantaine de protéines présentes exclusivement dans le cerveau jouent un rôle central dans le contrôle du poids corporel. (1)

Appétit non régulé

L’épidémie mondiale d’obésité coïncide avec l’arrivée massive sur le marché d’aliments industriels ultra-transformés (malbouffe par exemple) et il apparaît de plus en plus clairement que ces aliments, surchargés en sucre et en graisses, sont l’un des principaux facteurs contribuant à l’obésité.

Cela a été particulièrement bien mis en évidence par une étude très importante menée par le groupe de Kevin Hall du NIH, leader dans la recherche sur l’obésité. (2)

Dans cette étude, les scientifiques ont hébergé vingt volontaires pendant un mois, ce qui leur a permis de surveiller de très près tout ce qu’ils mangeaient et de déterminer avec précision l’impact de ce régime sur le poids corporel.

Le premier groupe a reçu des repas dont 80 % des calories provenaient d’aliments ultra-transformés, tandis que le régime alimentaire de l’autre groupe contenait la même quantité de calories, mais provenant d’aliments non transformés.

Les portions servies étaient délibérément grandes, de sorte que la quantité de nourriture consommée était déterminée sans aucune restriction par l’appétit des volontaires.

La différence entre les deux groupes est frappante : par rapport à ceux qui mangeaient des aliments complets, les personnes ayant accès au régime ultra-transformé consommaient environ 500 calories de plus chaque jour et prenaient du poids.

Les aliments ultra-transformés semblent donc perturber le contrôle de l’appétit par le cerveau, favorisant la surconsommation alimentaire, conduisant à l’obésité.

Surstimulation du cerveau

Une étude récente suggère que la présence simultanée de sucre et de graisses dans les aliments ultra-transformés est particulièrement perturbatrice pour le cerveau. (3)

Dans cette étude, les chercheurs se sont intéressés à la communication entre l’intestin et le cerveau en réponse à l’apport de sucre et/ou de graisse.

En effet, il est bien connu que les neurones présents dans le système digestif sont activés par ces substances et envoient en retour des signaux au cerveau (via le nerf vague) pour activer la production de dopamine, créant ainsi un circuit de récompense. la consommation d’aliments contenant ces sources d’énergie.

L’originalité de l’étude est de montrer que le sucre et les graisses activent des circuits neuronaux parallèles, dont chacun permet la production de dopamine dans le cerveau.

En revanche, lorsque les deux substances sont combinées, la production de dopamine est bien supérieure à celle issue de la somme des deux circuits pris séparément. Le résultat de cette synergie est que l’appétit pour les aliments riches en sucre et en graisses augmente de manière disproportionnée, favorisant ainsi leur surconsommation.

Il est important de noter que ces mécanismes sont des phénomènes physiologiques autonomes, totalement indépendants de la volonté des personnes, ce qui rend extrêmement difficile de freiner la surconsommation de ces aliments riches en calories une fois le circuit de récompense établi.

Puisque la présence de graisses et de sucres dans un même aliment est très rare dans la nature, le meilleur moyen d’échapper à cette manipulation de la chimie cérébrale est d’augmenter la consommation d’aliments frais et non transformés.

(1) Gagnon E et coll. Contrôle génétique du poids corporel grâce au protéome du cerveau humain. iScience 2023 ; 26:106376.
(2) Salle KD et coll. Les régimes ultra-transformés provoquent un apport calorique excessif et une prise de poids : un essai contrôlé randomisé chez des patients recevant de la nourriture à volonté. Cellule métab 2019 ; 30 : 67-77.e3.
(3) McDougle M et coll. Des circuits intestin-cerveau séparés pour le renforcement des graisses et du sucre travaillent ensemble pour favoriser la suralimentation. Métab cellulaire.publié le 5 janvier 2024.



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