Un membre du personnel soignant s’occupant d’un patient Covid-19 dans un hôpital.

Un membre du personnel soignant s’occupant d’un patient Covid-19 dans un hôpital.

©Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Pire que la grippe espagnole ?

Atlantico : De nouvelles études offrent une perspective sur les taux de mortalité liés au Covid. D’ici quatre ans, la pandémie de Covid-19 aurait fait cela fait près de 30 millions de victimes. Face aux comparaisons fréquentes avec la grippe espagnole, qui aurait fait entre 20 et 50 millions de morts entre 1916 et 1919, quels enseignements tirer des taux de mortalité liés au Covid sur quatre ans ? Que nous disent ces chiffres sur l’ampleur et la gravité de la pandémie de Covid-19 et ses ravages à travers la planète, alors que certains parlaient d’hystérie collective infondée au début de la pandémie ?

Antoine Flahault : Les chiffres officiels communiqués à l’Organisation mondiale de la santé à Genève font état de 7 millions de décès dans le monde dus au Covid depuis le début de la pandémie. Mais ces chiffres sont largement sous-estimés. Par exemple, en Chine, après avoir levé sa stratégie zéro Covid, le gouvernement a signalé 60 000 décès dus au Covid-19 entre décembre 2022 et mars 2023, alors que les estimations convergent pour penser qu’au cours de cette période, 1,4 million sont morts. De même, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont signalé un très faible nombre de décès dus au Covid, mais ils ne testent pas, leurs systèmes de santé sont souvent défaillants et ne permettent généralement pas d’hospitaliser les patients souffrant de certaines formes. les données sont également incorrectes. Les chercheurs ont mené des études dans des morgues en Zambie, et les données provenant d’échantillons et d’autopsies systématiquement réalisées au cours de ces études ont montré que les taux de mortalité imputables au Covid étaient bien plus élevés que ceux rapportés par les gouvernements. Dans de nombreux pays, il n’existe pas de données fiables sur l’état civil. On ne compte ni les naissances ni les décès, il n’est même pas possible d’estimer une éventuelle surmortalité. En Europe ou aux Etats-Unis, où les registres sont plus fiables, on a pu mesurer une surmortalité. Mais comme le Covid n’est pas une maladie saisonnière, il n’a pas toujours été facile d’attribuer au Covid la surmortalité observée durant les mois d’été, car elle pourrait aussi être liée aux canicules souvent signalées durant ces périodes ces dernières années. Il est donc très difficile d’estimer avec précision la mortalité réelle imputable au Covid durant cette pandémie à l’échelle mondiale. Il est facile de comprendre qu’il est encore plus difficile de se fier aux estimations de mortalité liées à une pandémie du début du XXe siècle comme la grippe espagnole. Les fourchettes suggérées de 20 à 50 millions de décès entre 1918 et 1920 sont également très inexactes et sujettes à une très grande incertitude.

D’après les chiffres de L’économistele nombre de décès supplémentaires dus à la pandémie s’élève désormais à 28,5 millions, et il y a eu 700 000 décès supplémentaires au cours des trois derniers mois. Cela montre-t-il que la pandémie de Covid-19 constitue toujours une menace sérieuse, notamment pour les personnes à risque ?

Le paradoxe est que la mortalité absolue du Covid, et dans une moindre mesure de la grippe, est très élevée, alors même que ces maladies ont une létalité très faible. Le taux de mortalité est désormais proche d’un pour mille pour le Covid, mais peut conduire à une surmortalité absolue élevée lors de grandes vagues d’infection, comme nous le vivons régulièrement depuis le début de la pandémie.

Quant aux enseignements de la comparaison entre le Covid et la grippe espagnole, la gravité et l’ampleur de la pandémie de Covid ne sont-elles pas d’autant plus importantes et alarmantes que ces décès surviennent à l’époque moderne alors que les antibiotiques et les vaccins sont accessibles ?

Les mortalités impliquées dans la pandémie sont affectées par la fréquence des jeunes et la probabilité de décès due à une grande partie des infections bactériennes, les pneumonies ne sont pas connues et le risque d’infection est le résultat des antibiotiques existants. .

La mortalité due au Covid a radicalement changé grâce à la vaccination de masse. Avant l’arrivée des vaccins, elle touchait des personnes qui souffraient parfois de légères comorbidités, par exemple l’obésité, l’hypertension ou le diabète. Depuis l’avènement des vaccins, les personnes qui meurent du Covid sont désormais très âgées, souffrent de comorbidités graves et ont parfois un système immunitaire affaibli. Un profil similaire à celui de la grippe saisonnière. Ces personnes ne subissent pas nécessairement de détresse respiratoire aiguë, mais décompensent plutôt leurs nombreuses et graves pathologies préexistantes. Le Covid peut vraiment bouleverser n’importe qui, mais chez les personnes dont l’état de santé est très précaire, leur équilibre instable peut entraîner des complications pouvant entraîner la mort. Le médecin qui est appelé au chevet de ces patients ne fait pas toujours le lien entre la dégradation de leur état de santé et un Covid ou une grippe parfois contractée quelques semaines plus tôt et n’ayant pas toujours été diagnostiquée. Par exemple, en France, où les épidémies de grippe saisonnière tuent en moyenne 10 000 personnes chaque année, un peu moins de 1 000 décès dus à la grippe sont officiellement recensés sur la même période. On n’a pas encore assisté à la même baisse pour le Covid, mais il y a de fortes chances que le phénomène soit ici très similaire à celui de la grippe.

Comment expliquer qu’en dépit des moyens hospitaliers modernes, des vaccinations, des antibiotiques et de l’amélioration du niveau de vie, la pandémie de Covid-19 ait pu causer près de 30 millions de morts ? Le manque d’anticipation de la pandémie et l’état de santé dégradé, vulnérable ou menacé de la population mondiale sont-ils une des explications ?

Une maladie infectieuse peut rapidement infecter une très grande partie de la population. Le Covid est d’autant plus redoutable que le coronavirus qui le provoque mute souvent et que nous sommes presque tous réinfectés, souvent à plusieurs reprises. Même si le taux de mortalité a considérablement baissé en raison de l’immunité conférée par le vaccin et de ces réinfections répétées, ce faible chiffre, appliqué à l’ensemble de la population, se traduit par un nombre absolu de décès important. Le Covid tue désormais sans provoquer de saturation des hôpitaux, de manière discrète et peu spectaculaire. Elle ne fait plus la une des journaux, mais elle continue de raccourcir la vie des personnes âgées et vulnérables à chaque vague. Nos sociétés, même modernes, riches et développées, sont efficaces pour traiter les pneumonies et même les problèmes respiratoires, mais sont moins capables de faire face aux décompensations de maladies préexistantes liées à l’âge ou à l’immunosuppression provoquée par des maladies ou des médicaments. Les vaccins, constamment contournés par de nouveaux sous-variants, ne sont pas en mesure d’empêcher plusieurs fois par an des vagues qui, sur leur passage, infectent petits et grands, robustes et vulnérables, provoquant des décompensations qui ne sont pas toujours attribuées au Covid et entraînent parfois la mort. Si l’on veut réellement réduire ces risques liés aux virus respiratoires, dont on sait qu’ils se transmettent par aérosol, dans des milieux fermés, surpeuplés et mal aérés, il faudrait davantage se préoccuper de réduire les risques de contamination en essayant d’améliorer la qualité. de l’air intérieur que nous respirons.



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