Le Cameroun est le premier pays au monde à vacciner « systématiquement » contre le paludisme. En 2023, ce pays d’Afrique centrale a enregistré six millions de cas et 4 000 décès.

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Vaccination d'un bébé de 6 mois à Soa (Cameroun), en février 2024 (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Deux vaccins ont désormais été approuvés par l’Organisation mondiale de la santé : il s’agit d’une avancée historique dans la lutte contre cette maladie documentée depuis l’Antiquité mais qui a encore touché environ 250 millions de personnes et causé 600 000 décès l’année dernière. .

Au Cameroun, nous vaccinons désormais les bébés qui vivent dans les régions les plus touchées par ce parasite. Henriette est venue faire vacciner son deuxième fils à l’hôpital MST dans les collines autour de la capitale Yaoundé. L’année dernière, son aîné, également bébé, a failli mourir du paludisme : « Il avait six mois, il vomissait et sa température était très élevée.elle dit. Beaucoup de gens ne savent pas que c’est mortel.

Vomissements, fièvre, convulsions… Le paludisme a représenté l’année dernière six millions de cas au Cameroun, et ce parasite transmis par les moustiques a tué 4 000 personnes, dont une grande majorité de bébés. Ils sont donc les cibles de ce vaccin qui, pour la première fois au monde, est injecté « systématiquement », c’est-à-dire qu’il est inclus dans le calendrier vaccinal des bébés, au même titre que le BCG ou le vaccin contre la polio. .

La vaccination assez bien acceptée par les parents

Ce jour-là, Danièle Ekoto, qui supervise la séance de vaccination, explique le processus à une trentaine de mamans avec leur bébé dans les bras : “Le vaccin contre le paludisme se prend en quatre doses. Votre enfant recevra une dose à six mois, sept mois, neuf mois et deux ans. Toutes ces doses sont très importantes, mesdames. !”

Le vaccin contre le paludisme est gratuit mais pas obligatoire. Malgré les rumeurs, les fausses informations sur son efficacité et les effets secondaires présumés, le soutien des parents est fort, explique Hélène Kwekam, qui gère la logistique vaccinale dans le district : “Pour l’instant, nous n’avons eu aucun cas de refus. Les parents sont d’accord car ils ont vu de nombreux patients atteints de paludisme. Ils veulent que leurs enfants soient protégés.”

Des mères attendent la vaccination de leurs bébés à l'hôpital MST (Cameroun), février 2024 (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Être enfin témoin de la vaccination des bébés émeut Marie-Claire NDzomo Andela, infirmière depuis plus de 30 ans : « Chaque jour, j’avais l’espoir qu’un vaccin contre le paludisme serait disponible. C’est arrivé avant ma retraite !elle se réjouit. Cela va changer la vie des Camerounais. Il y a eu trop de morts, trop d’enfants…”

Les vaccins sont encore imparfaits

Des recherches menées au Kenya, au Malawi et au Ghana montrent que le vaccin du laboratoire GSK, par exemple, injecté aujourd’hui au Cameroun, n’empêche pas la transmission du paludisme. Mais elle prévient 30% des formes graves et des décès, souligne le Dr Léonard Kouadio, l’un des dirigeants au Cameroun de l’Unicef, qui co-organise cette vaccination : « Si on évite 30 % des décès d’enfants de moins de cinq ans, c’est déjà beaucoup ! Nous recherchons ce vaccin depuis plus de 50 ans, c’est donc une révolution.”

Ces deux vaccins, l’un développé par le laboratoire GSK et l’autre par l’université d’Oxford, constituent une première étape, soulignent les spécialistes. Ce sont des outils supplémentaires, mais nous ne devons en aucun cas renoncer aux autres moyens de lutte contre le paludisme. « Nous devons maintenir et intensifier d’autres mesuresdit le Dr Kouadio, comme utiliser des moustiquaires imprégnées ou arracher les mauvaises herbes autour des maisons pour détruire tout ce qui pourrait servir de terrain fertile aux moustiques.

Cette vaccination gratuite est réalisée sous la direction et le financement de l’OMS, de l’Unicef ​​​​​​et de l’Alliance Gavi, qui ont distribué des milliards de vaccins anti-Covid principalement dans les pays pauvres. Après le Cameroun, une douzaine de pays africains vont instaurer la vaccination systématique des bébés : le Burkina Faso déjà depuis quelques jours, et dans les prochaines semaines le Bénin, la RDC, la Sierra Leone, le Niger… Des pays d’Asie et d’Inde étudient également la possibilité de bientôt vacciner contre le paludisme.



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