Séance de radiothérapie avec accélérateur linéaire d'électrons, à l'Institut Paoli-Calmette, centre régional de lutte contre le cancer, à Marseille, le 9 octobre 2017.

Fabrice André, directeur de recherche à Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne), revient sur les innovations importantes dans le traitement de ces maladies à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, dimanche 4 février. et sur les stratégies qui favorisent la transformation des découvertes françaises en traitements de demain.

Selon vous, pourquoi ne devrait-on plus classer les cancers selon l’organe d’origine, mais selon les anomalies moléculaires identifiées ?

Cette révolution dure depuis deux à trois décennies. Cependant, les sociétés scientifiques n’en ont pas profité pour que les patients puissent en profiter pleinement. Un écart subsiste entre la classification actuelle des types de cancer, basée sur l’anatomie et l’organe affecté, et la nécessité d’optimiser l’efficacité des traitements innovants, ciblant les changements moléculaires qui caractérisent chaque tumeur. Cette interruption entrave l’accès à ces traitements. Un autre défi, lié au premier, sera d’améliorer la méthodologie des essais cliniques pour optimiser l’évaluation de ces nouveaux médicaments.

Pouvez-vous donner un exemple de traitement innovant dont l’accès a été retardé ?

Pensez au nivolumab, un médicament anti-PD-1. Cette immunothérapie a reçu une autorisation de mise sur le marché européenne pour le mélanome avancé en 2015. C’est un anticorps qui agit en favorisant l’élimination des cellules tumorales par le système immunitaire. À partir de 2012, une étude a révélé qu’il réduisait la masse tumorale chez 49 des 236 patients testés, qui souffre d’un mélanome ou d’un cancer métastatique du poumon ou du rein. Le facteur clé déterminant la réponse n’était pas l’organe d’origine, mais l’abondance, à la surface des cellules tumorales, d’une molécule appelée PD-L1.

La prochaine étape logique aurait été de tester cet anticorps chez des personnes atteintes de tumeurs métastatiques transportant de grandes quantités de PD-L1, quel que soit l’organe affecté. Mais faute de méthodologie statistique pertinente, il a fallu mener une série d’études cliniques pour chaque organe. Résultat : des millions de personnes n’ont pas eu accès à ce traitement. Par exemple, certaines patientes atteintes d’un cancer du sein ont dû attendre sept à dix ans.

On parle rarement de traitements locaux innovants, comme la chirurgie ou la radiothérapie…

Des médicaments innovants peuvent prolonger de plusieurs mois ou années la survie de patients auparavant condamnés à une survie à court terme en raison d’un cancer métastatique. Leur impact est donc très visible au niveau individuel. C’est moins le cas pour les traitements locaux administrés plus tôt dans les cancers moins avancés. Mais ils font également l’objet d’évolutions technologiques ayant un impact majeur sur la santé publique. La robotique en chirurgie en offre un exemple, voire la médecine régénérative, qui pourrait permettre d’éliminer un maximum de tissus cancéreux puis de reconstruire l’organe endommagé. Des start-up américaines travaillent à la reconstruction d’un os ou d’une vessie.

Il vous reste encore 60% de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

medimax

By medimax

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *